«Damien arrive toujours en retard, ça m’énerve ! Un de ces quatre, je vais l’attraper, ça va barder!» est un contre-exemple de courage. C’est en effet, souvent par manque de courage que le manager n’intervient pas de suite face à un comportement non conforme. Son inaction dégrade la situation qui ne fait qu’empirer. Frustré voire poussé à bout, c’est la colère qui lui donne enfin l’énergie de se confronter à la situation. Malheureusement, sous l’emprise de la colère, il manquera de discernement, en deviendra maladroit et son action s’avèrera contre-productive. Seul le courage de se confronter immédiatement à la situation aurait permis de régler le problème.
Le courage est une valeur essentielle pour le manager qui se construit selon un processus défini. La première étape consiste à repérer ses peurs (noté 1 sur le schéma), sans se dénigrer. Les peurs, intimement liées à la notion de survie(1), sont des réactions saines de l’esprit et du corps qui indiquent un danger. A ce titre, le manager accueille ses peurs en leur reconnaissant ce rôle bienveillant.
La deuxième étape consiste à démystifier les peurs par l’identification de leurs origines. La plupart des peurs sont fondées, du fait des enjeux bien réels des environnements professionnels. Mais elles peuvent aussi être le fruit de distorsions, héritage d’anciennes expériences douloureuses qui biaisent la lecture des situations au point d’en fantasmer des risques. Le manager doit faire preuve de discernement pour tenter de diminuer l'influence de ses peurs, quelques fois en anticipant les écueils des risques supposés pour apprécier l’enjeu de la situation à sa juste mesure. Il faut savoir démystifier ses propres peurs pour en sourire.
Conscient de ses peurs et après en avoir limité l’impact, le manager se recentre sur ce qui pourrait être plus fort que ses peurs(3). Cette troisième étape consiste donc à utiliser de nouveaux leviers d’action que le manager trouvera dans ses valeurs, ses aspirations, ou ses rêves. Persuadé de la pertinence de la performance globale, aligné avec ce qu’il est et ce qu’il souhaite, le manager trouve les ressorts du courage et de l’action au plus profond de ses convictions.
La quatrième étape consiste à préparer le passage à l’action par une prise de responsabilité au regard de l’acte. En d’autres termes, le manager doit agir en son nom : « Le seul courage est de parler à la première personne » précisait Arthur Adamov(3), évoquant ici une des dimensions du courage qu’est l’assertivité. L'ego intervient ici dans sa dimension positive et devient un levier puissant de courage.
La cinquième étape est le passage à l’action : « L’inaction engendre le doute et la peur. L’action engendre la confiance et le courage. Si vous voulez vaincre votre peur, ne restez pas assis à la maison à y penser. Sortez et mettez vous au travail » (4). L’action dissipe au moins partiellement les peurs, en mobilisant l'intelligence instinctive pour tempérer l'intelligence mentale où siège les peurs évoquées plus haut, en donnant une teinte plus accessible à ce qui pouvait initialement terroriser.